Les pouvoirs religieux s’opposent sur de nombreux points à la sexualité. Une opposition qui est en fait une concurrence.
Tout vient de l’angoisse qu’éprouvent les êtres humains. L’angoisse n’est pas un sentiment parmi d’autres, elle est la conséquence inévitable de nos capacités mentales, de notre « intelligence ». Parce que nous sommes intelligents, nous modélisons le monde. Nous sommes ainsi capables de vivre à l’intérieur de notre cerveau ce qui peut se passer à l’extérieur. Nous anticipons donc les dangers et sommes mieux capables d’y faire face. Mais en contrepartie nous devons vivre en permanence avec ces dangers dans la tête.
Par exemple, nous sommes capables d’inventer des remèdes contre les maladies. Nous pouvons les utiliser quand nous sommes malades. Mais quand nous ne le sommes pas, nous craignons de l’être. C’est cela l’angoisse : vivre en permanence avec la crainte du danger pour être capable quand il survient de le combattre.
Plus l’évolution a développé l’intelligence et plus l’homme a été angoissé. Cette angoisse lui est insupportable. Elle l’obsède. Il ne peut l’accepter. Il lui faut trouver tous les moyens de la combattre. C’est cette recherche qui a façonné l’histoire humaine depuis les origines.
Des moyens de lutter contre l’angoisse, il y en a mais peu sont vraiment efficaces. Ils ont souvent des contreparties très négatives : drogues, dérèglement mentaux, fixation sur l’argent, la violence… Mais l’homme a aussi trouvé deux solutions beaucoup plus efficaces : la religion et la sexualité.
La religion apporte des réponses aux questions qui nous angoissent : la souffrance, la mort, le besoin de comprendre notre univers, le besoin d’avoir un minimum d’importance, celui d’être protégé. Grâce à la religion nous pouvons surmonter notre angoisse.
Mais inévitablement, la religion doit être représentée par des hommes qui l’expliquent et la diffusent. Cela leur donne un pouvoir immense sur les croyants en demande de religion. Comment échapper totalement à la tentation d’exploiter ce pouvoir. Et comment éviter que certains, qui ne sont pas nécessairement religieux, voient l’avantage que la religion peut leur apporter dans leur quête de pouvoir.
La sexualité, quant à elle, n’est pas que l’utilisation des circuits du plaisir que la nature a mis en place pour nous inciter à procréer et à nous nourrir. Ce système de plaisir peut être utilisé à autre chose. Le plaisir est un puissant moyen de juguler notre angoisse : le plaisir de prendre l’autre pour se sentir fort, le plaisir de se donner à l’autre pour se sentir protégé. Pour l’espèce humaine, et pour l’essentiel seulement pour elle, la sexualité biologique se double d’une sexualité psychologique, indépendante de la procréation dont le rôle majeur est d’échapper à l’angoisse.
L’opposition entre la religion et la sexualité vient de là. C’est en fait, pour être précis, une opposition entre le pouvoir religieux et la sexualité psychologique. Le pouvoir religieux ne peut accepter une sexualité qui s’écarte de la procréation. Il ne peut accepter que la réponse à l’angoisse puisse venir d’autre chose que de la religion.
Selon les religions et selon les époques cette opposition peut être plus ou moins marquée, plus ou moins violente, mais on retrouve à peu près les mêmes interdits destinés à s’opposer par tous les moyens à la sexualité psychologique :
Interdiction de rechercher le plaisir pour le plaisir,
Interdiction de toute sexualité en dehors du mariage, destiné à être le cadre de la sexualité biologique,
Interdiction de tout rapport sexuel qui ne peut déboucher sur la procréation donc interdiction de l’homosexualité,
Interdiction de montrer toute partie de son corps jugée érotique et donc incitative de sexualité psychologique,
Interdiction pour les femmes de tenues susceptible d’éveiller le désir synonyme de sexualité psychologique. Obligation du voile, de la burka, du hijab pour les uns. Obligation de tenues « modestes » ou « bienséantes » pour d’autres,
Interdiction parfois de danser, de chanter, de jouer de la musique, toutes choses susceptibles d’éveiller le désir,
Et toujours, infériorisation de la femme, responsable désignée du désir.
L’opposition entre pouvoir religieux et sexualité psychologique est frontale, permanente, universelle.
A un certain degré de croyance et d’obéissance au pouvoir religieux, les êtres humains réagissent avec violence à ce qui leur parait menacer la religion dont ils ont fait la réponse à leur angoisse. Ils deviennent alors les instruments des pouvoirs religieux pour péréniser leur emprise.