Pourquoi l’histoire ne s’est pas arrêtée

En 1992, dans un livre qui fut un grand succès, Francis Fukuyama ( La fin de l’histoire et le dernier homme) anticipe la fin de l’affrontement des idéologies, moteur de l’histoire. Avec la fin du communisme, la démocratie libérale l’emporte. Rien ne semble plus s’opposer à elle. Et pourtant…

Douze ans après la chute du mur de Berlin, les tours jumelles s’effondrent. Dans la plus grande violence, une idéologie à vocation ouvertement politique s’affirme : l’islamisme.

Les événements liés à l’islamisme, les guerres, les attentats, les oppositions à nos modes de vie, les remises en cause de nos valeurs, tout montre que l’histoire ne s’est pas arrêtée. Peut-être s’arrêtera-t-elle, un jour, plus tard, lorsque une idéologie se sera universellement imposée. Peut-être ce sera la notre. Mais pour le moment l’histoire continue.

Elle continue parce que les pouvoirs n’acceptent jamais délibérément de mourir et parce que le pouvoir islamique, plus que les autres pouvoirs religieux, est en danger de mort.

Les pouvoirs religieux disposent d’un avantage énorme. Grâce à la religion, ils apportent aux hommes une réponse à toutes leurs angoisses : angoisse de la mort, angoisse de la maladie, angoisse de n’être rien… Et en contrepartie, grâce à la religion, ils maintiennent leur pouvoir.

Ils se sont imposés ainsi. Mais le progrès scientifique, technique, économique, ainsi que la reconnaissance de la valeur et des droits de l’être humain, apportent peu à peu une alternative. Progressivement, l’angoisse humaine se trouve mieux combattue par cette évolution scientifique et morale qu’elle ne peut l’être par une doctrine religieuse millénaire et figée.

Il est très difficile aux pouvoirs religieux d’accepter cette évolution et de s’y adapter. La chrétienté et le judaïsme l’ont fait dans une certaine mesure. L’islam n’y parvient pas.

Dans l’ADN de l’islam (car les religions ont un ADN qui leur permet de s’imposer et de survivre comme les espèces vivantes) il y a le prosélytisme, il y a le refus des autres religions, il y a la légitimation de la conquête par la violence, il y a l’emprise absolue du religieux sur la vie personnelle des croyants.

Mais ce qui a été vrai il y a mille quatre cent ans, ce qui fonctionnait alors, l’est de moins en moins aujourd’hui. Partout la connaissance, la liberté de pensée, la liberté d’entreprendre s’imposent. Partout les hommes se libèrent. Partout la foi se transforme ou recule. Et lorsqu’elle se transforme, c’est pour devenir un choix libre, personnel, assumé.

Cela se sait. Se sait partout. Car en même temps la communication se développe. Elle explose même comme un big bang pulvérisant tout sur son passage.

Pour les pouvoirs islamiques, il est de plus en plus difficile d’aller à contre courant. Partout la connaissance de ce qui se passe ailleurs s’infiltre. Les hommes et les femmes, même soumis à la violence la plus extrême, ne sont plus totalement isolés. Ils ne peuvent s’empêcher de rêver. Certains émigrent, mais les limites de l’émigration sont déjà largement atteintes. Alors que faire ? Attendre ? Accepter une violence qui croit d’autant plus qu’elle est plus vaine ?

Il n’y a aucun espoir que la situation économique et démocratique des pays soumis à l’islamisme s’améliore. Impossible sans le savoir, sans les livres. Impossible sans la réflexion libre. Impossible sans inventer des choses nouvelles. Impossible sans la diversité des opinions. Impossible sans la liberté d’être soi-même.

Les revenus du pétrole peuvent dans certains cas donner le change mais ils sont éphémères et n’avantagent ni tous les pays ni tous les habitants de ces pays. Partout où la religion est devenue pouvoir, la misère et la violence se sont installées. La colère monte, le désespoir, le besoin de se révolter malgré la peur. Et parallèlement montent la répression et l’obscurantisme.

Aujourd’hui tous les espoirs viennent des démocraties. Ce sont elles qui créent les véritables richesses. Ce sont elles qui permettent aux êtres humains de lutter contre les dangers de la vie. Ce sont elles qui affirment la valeur de l’être humain. La violence et la peur n’arrêteront pas durablement ce phénomène.

Les pouvoirs islamiques sont destinés à mourir. Les mêmes causes qui ont conduit à l’effondrement de l’empire soviétique vont conduire aux mêmes effets. Echec économique, échec social, échec moral, échec culturel. Les dés sont jetés.

Mais le prix à payer sera très élevé. Nous avons mis soixante dix ans à faire vaciller le communisme. Il a fallu une guerre mondiale pour avoir raison du nazisme.

A chaque fois nous avons hésité. Nous nous sommes donné toutes les raisons d’attendre pour réagir. Face à l’islamisme nous faisons de même. Nous confondons liberté des hommes et liberté des mafias qui les oppressent. Nous négocions, nous cherchons des compromis, nous imaginons un monde multilatéraliste où chaque opinion en vaudrait une autre. Ouvertement ou en sous main nous pactisons, nous collaborons. Nous nous habituons à cette médiocrité qui mine notre volonté d’agir et de créer.

Nous inventons des problèmes qui n’en sont pas, nous débatons d’événements qui n’en sont pas, nous nous imaginons des torts que nous n’avons pas, nous dénonçons des dangers imaginaires, nous faisons tout pour ne pas réagir, pour ne pas agir.

Mais nos petites lâchetés n’auront qu’un temps. L’histoire ne s’est pas arrêtée. Elle avance, avance encore, inexorablement. Elle nous rappelle ce que nous sommes, ce que nous ne voulons pas perdre, ce qu’il nous reste à gagner. Nous ne ferons pas l’économie d’un sursaut. Face à l’obscurantisme nos forces sont immenses. Le sens de l’histoire, c’est nous.

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