Les principales idées

La révolte de l’espèce humaine conduit à des idées souvent inhabituelles. Toutes ces idées sont liées et participent d’une même vision globale. Les principales sont indiquées ici.

  • La nature, au même titre, que l’homme peut être vue comme un inventeur. C’est ainsi qu’elle invente des molécules complexes, la vie, chaque espèce, l’homme, les mécanismes de notre compréhension, notre société. Pour cela elle utilise un processus très différent du notre. La nature est « un inventeur darwinien ».
  • L’homme est une invention récente de l’inventeur darwinien. Sur quatre milliards d’années ou presque d’histoire de la vie, l’espèce humaine n’en occupe qu’une petite fraction, quelques cent millièmes.
  • L’apparition tardive de l’intelligence que nous nous attribuons, n’est pas un objectif de la nature. A court terme, l’intelligence n’est même pas très utile. Pour une espèce vivante, elle l’est bien moins en tout cas qu’une plus grande capacité d’attaque ou de défense ou qu’une meilleure optimisation énergétique. La nature avait donc de bien meilleurs choix à faire que de privilégier l’intelligence. L’intelligence arrive tardivement bien moins parce qu’elle est compliquée que parce qu’elle est peu utile.
  • L’intelligence de l’homme consiste à modéliser à l’intérieur de lui-même, ce qu’il y a à l’extérieur. Les modèles sont crées et adaptés en permanence selon un processus darwinien. Cette capacité l’homme la doit notamment au nombre gigantesque de ses neurones et des liaisons qui s’établissent entre eux.
  • La nature ne fait qu’appliquer les lois de la physique. Mais, vu par l’homme, tout ce qu’elle fait se résume en une seule loi, la « première loi », qui est une loi d’indifférence absolue : il n’y a pas de bien, il n’y a pas de mal, il n’y a pas de beau, il n’y a pas de laid, il n’y a pas de but. Tout est indifférent. Selon cette loi, la terre, la vie, chaque espèce, l’homme, le plaisir comme la souffrance, sont indifférents. Ils n’ont strictement aucune valeur.
  • Pour l’homme la première loi est inacceptable. L’homme ne peut utiliser son intelligence qu’en s’attribuant une valeur. Il est en contradiction avec la loi de la nature. Il doit se donner une autre loi. Ce sera « la deuxième loi », une loi toute simple mais révolutionnaire qui dit : « l’homme est une valeur ».
  • L’ « homme est une valeur ». Ces mots expriment la révolte de l’espèce humaine face à la nature qui l’a créée et qui se désintéresse de lui. Comme un robot qui prend conscience de lui-même, l’homme se dresse contre son inventeur. Sa révolte est présente dès son apparition et se poursuit encore aujourd’hui. Notre histoire est celle de l’affrontement entre la première et la deuxième loi. Elle ne traduit pas une lutte entre le bien et le mal mais le conflit entre l’indifférence et la valorisation.
  • La deuxième loi porte en elle la définition d’une morale. Est bien tout ce qui valorise l’homme, est mal tout ce qui s’y oppose. La morale n’est pas reçue par l’homme, elle se crée naturellement en lui. Mais l’homme, en tant qu’élément de la nature, est aussi soumis à la première loi.
  • L’intelligence de l’homme a trois conséquences structurelles :
    • la capacité de comprendre et d’inventer (selon une méthode nouvelle, non darwinienne),
    • la définition d’une morale (c’est à dire la brisure de l’indifférence en bien et mal)
    • la découverte de l’angoisse (c’est à dire l’obligation de vivre en permanence avec la modélisation du monde qui anime son esprit, et donc avec tous les dangers qui le menacent, immédiats ou potentiels).
  • Les deux premières conséquences sont essentielles mais n’ont d’effet sur l’histoire humaine qu’à très long terme. L’angoisse et les façons de la combattre ont au contraire un rôle immédiat et permanent qui façonne l’histoire humaine, depuis ses débuts.

– Parmi les nombreuses façons de lutter contre l’angoisse humaine, deux jouent un rôle essentiel. La religion et la sexualité.

  • Les religions parce qu’elles permettent à l’homme de combattre son angoisse, de lui donner un espoir. Mais les religions génèrent aussi des pouvoirs humains qui, comme tous les pouvoirs, s’affrontent, tentent de se renforcer, de se pérenniser.
  • La sexualité parce que chez l’homme elle n’a plus seulement un rôle biologique (procréer et assurer la diversité de l’espèce). Elle a aussi un rôle psychologique : apporter une protection à l’autre ou la recevoir. La sexualité psychologique permet ainsi de repousser l’angoisse.

– Placées sur le même terrain de la lutte contre l’angoisse, la religion en tant que pouvoir et la sexualité dans sa dimension psychologique ne peuvent que s’opposer.

  • La nature, l’inventeur darwinien, invente la vie. Mais on décrit mieux les choses en disant qu’elle l’invente trois fois et non pas une seule.
    • La première fois, l’inventeur darwinien réussit à assembler des molécules en formant des cellules simples capables de se reproduire.
    • La deuxième fois, il parvient à assembler ces cellules simples pour former des cellules complexes, avec un noyau d’ADN commun.
    • La troisième fois, il réunit et fait coopérer des cellules complexes dans des êtres multicellulaires.
  • Chaque étape provoque des évolutions et des diversifications qui s’étendent sur de longues périodes. Mais le passage d’une étape à la suivante est comparativement très rapide. Il s’agit de discontinuités et non d’évolutions. Chaque nouvelle forme de vie s’ajoute aux précédentes mais ne les remplace pas.
  • L’action de l’inventeur darwinien se résume en une marche permanente vers la complexité. Elle est constituée d’étapes successives dont les trois inventions de la vie font partie.
  • Avant cela, la création des molécules du vivant est aussi une étape. Après cela, l’apparition de l’homme, et plus spécifiquement celle de son cerveau, constitue une nouvelle étape, où la marche darwinienne vers la complexité se joue au niveau des neurones et de leurs liaisons.
  • Enfin, beaucoup plus tard, les hommes en se liant dans un ensemble structuré et communicant, l’humanité, s’engagent dans une nouvelle étape de la marche vers la complexité.
  • Toutes les étapes de la marche vers la complexité obéissent à des lois communes. Toutes sont marquées par une recherche de la diversité des formes crées. Ces formes doivent être complémentaires. Leur apparition est progressive. A l’inverse l’uniformisation et les transformations profondes et brutales sont vouées à l’échec.
  • l’invention de l’homme apparaît tardive. Rien n’indique que l’évolution de la vie soit une progression inévitable vers plus d’intelligence. Il a fallu des conditions très particulières pour que l’homme apparaisse. Sans doute aurait-il pu ne jamais apparaître.
  • Il est possible et même vraisemblable que la vie existe un peu partout dans l’univers. Mais il est aussi possible et même vraisemblable que la vie intelligente n’existe sinon nulle part, du moins si rarement que nous ne puissions jamais la détecter.
  • le rôle de l’intelligence dans le progrès humain et notamment le progrès technologique, n’est qu’indirect. C’est la communication qui en est le moteur essentiel. Quand la communication change, tout change. De la parole aux réseaux sociaux, en passant par l’écriture et l’imprimerie, toutes les grands changements dans la communication ont été des coups d`accélérateur du progrès.
  • Grâce à la communication, les hommes s’organisent. Ils forment collectivement une entité nouvelle, structurée et communicante, l’humanité. Le développement de l’humanité est darwinien. Il n’est par déterminé par des événements historiques majeurs, mais par une multitude de petits événements imperceptibles et aléatoires soumis à la sélection. L’humanité constitue une nouvelle étape dans la marche vers la complexité.
  • L’histoire est façonnée par la lutte des hommes contre leur angoisse et par l’opposition entre les différentes méthodes qu’il imagine pour la combattre. Plus que « l’intelligence qui permet de comprendre », plus que « l’intelligence qui valorise l’homme », c’est « l’intelligence source d’angoisse » qui compte. Ce n’est que tardivement, avec l’époque moderne, que « l’intelligence qui permet de comprendre » finit par s’imposer et ouvre la voie à « l’intelligence qui valorise l’homme ».
  • Avec l’essor du progrès technologique, l’évolution biologique de l’homme s’arrête. La nature est trop lente dans ses inventions. Elle est surclassée par les progrès technologiques. Plus généralement toute évolution biologique vers une autre espèce intelligente éventuelle est enrayée. Sur la Terre comme sur toute planète il peut éventuellement exister une espèce intelligente, mais il ne peut y en avoir deux.
  • L’histoire du progrès humain peut être vue comme une transition brutale entre deux états : pendant une longue période il ne se passe pratiquement rien en terme de progrès. Puis très rapidement à l’échelle où nous nous plaçons, le progrès s’enclenche et s’accélère sans cesse. Il décélère alors pour laisser la place à une nouvelle période très longue, où il ne se passe (ou plutôt ne se passera) pratiquement rien. C’est la « grand transition », une sorte de courbe en S,  dont nous vivons actuellement la fin de la période de forte croissance.
  • Cette période est aussi une période de risques majeurs. Pour la nature, l’humanité dans son ensemble n’a aucune valeur. Ce qui s’est passé il y a soixante cinq millions d’années (c’est à dire hier pour une histoire de la Terre de quatre milliards et demi d’années), pourrait se reproduire. Nous ne sommes pas encore prêts à faire face à une météorite qui menacerait aussi gravement notre planète. Plus grave encore le réchauffement climatique pourrait échapper à tout contrôle. Toute prévision pour le devenir de l’homme, suppose que nous sachions échapper à ces dangers.
  • La nature n’est pas notre amie. Nous ne devons la protéger que pour nous protéger nous-mêmes. L’écologie n’est pas la défense de la nature mais celle de l’homme.
  • Dans la période d’après la grande transition, il n’y a plus de progrès. Il y a des fluctuations, il y a des modes, mais aucune évolution continue permettant de mettre en évidence un sens de l’histoire.
  • Après avoir tout changé (notre façon d’apprendre, de travailler, de nous rencontrer…), le progrès scientifique et technologique s’arrête progressivement. L’homme ne cherche plus à changer le monde. Il l’a déjà fait. Il se recentre sur lui-même, sur sa vie, sur ses interactions avec d’autres. Sa vie se partage entre le monde réel et des mondes virtuels.
  • L’humanité suit son évolution darwinienne faite de hasards et de sélections. Toutes ses sous-structures communiquent en permanence. Elles sont totalement diversifiées et complémentaires. L’idée d’en uniformiser le fonctionnement disparait. C’est la fin des idéologies, des systèmes politiques. Tout changement ne peut être que progressif et localisé.